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Design moi la Bretagne
Au-delà de l’objet lui-même, élégant, utile, industriel… le design est source de véritables réseaux en Bretagne, à l’image de la nouvelle galerie qui s’est ouverte il y a quelques semaines, à Rennes

Une sculpture lumineuse accueillait les visiteurs, garée en créneau dans une rue pavée de Rennes. Une voiture d’un autre temps, comme une boutade à la routine du quotidien. Réalisée pour l’exposition Superflux et la Fête des Lumières de Lyon par Benoît Fournier Mottet, cette sculpture était exposée pour l’inauguration de la nouvelle galerie de design rennaise, DMA galerie, il y a quelques semaines.
Le collectif d’artistes présent sous l’ombrelle DMA (Design et métiers d’art) production, vient en effet d’ouvrir un lieu d’exposition et de vente, en plein cœur de la capitale bretonne. « Les designers locaux manquent encore de visibilité. La Bretagne regorge de talents, mais ne bénéficie pas des mêmes dispositifs que les Pays de la Loire, par exemple (programme Design’ in Pays de la Loire – NDLR) et de la même culture industrielle. Alors il est nécessaire de fédérer les designers qui existent dans la région », décrypte Nicolas Prioux, président du collectif DMA production.
Avec ces quelque 100m2 d’exposition, ce showroom regroupe une vingtaine de designers et revendique un positionnement haut de gamme. Loin des productions industrielles, les créations exposées ici sont éditées en de très petites séries. « Nous sommes dans la recherche artistique et dans la mise en place d’un réseau créatif afin de soutenir les talents des uns et des autres. » C’est cette multiplication des points de vue que DMA veut défendre avec sa première exposition, “Multiplier”. Parmi les curieux, le jour de l’inauguration, il y avait d’ailleurs Stéphane, amateur averti : « On met tout et n’importe quoi sous la casquette design. Avoir un espace de ce type à Rennes est une grande première et c’est de bonne augure pour la découverte du design sous toutes ses formes. »
Des jeunes pousses prometteuses
La Bretagne n’est pas une terre moulée par le design. Les formations sont rares. Les écoles d’art de Brest et de Rennes instruisent aux métiers du design, artisanal et industriel, à travers une option. Et le BTS design de produits, au lycée Vauban à Brest, s’attache à répondre aux besoin de design opérationnel (répondant à une demande existante) et au design prospectif (recherche de nouveaux comportements, par exemple). Mais hormis ces formations et quelques autres écoles privées, la région ne compte pas d’école publique entièrement dédiée au design. Pourtant, il y a un peu plus de quatre ans, la tendance a commencé à s’inverser. Les designers en herbe, qui désertaient la région au profit de Paris une fois leurs études finies, ont changé leur plan et ont posé leur atelier sur le sol breton.
C’est à cette même période que trois frères bretons, Arnaud, Clément et Grégoire Benoît, se sont lancés dans l’aventure Pépin le Malin. Cette agence de conception, d’édition et de diffusion de design et de décoration a fait son succès avec des produits aux prix accessibles. Aujourd’hui les trois frères sont éditeurs de leurs propres objets comme le “col clé” (voir l’encadré idées cadeaux) et de ceux d’autres créateurs comme Séverine Bardoux, l’atelier A4, ou encore Dwemma. Autant de perles brutes à tailler au couteau du design, qui, avec d’autres comme Erwan Mevel, Grégory Parsy et Camille Debons, se font un nom dans le milieu du design et exposent leurs créations en France et dans le monde.
Développer le commerce
En marge de projets comme celui de Pépin le Malin et DMA production, d’autres boutiques, plus confidentielles font bouger la région, à l’image de LB décoration à Vannes, Bouches à oreilles à Crac’h (Morbihan), et aussi la galerie la Part’belle à Dinard, qui a notamment ouvert son showroom à Éric Desprez de Gésincourt. À côté de son travail de designer, ce Malouin récupère corian, plexiglas et même balle de ping-pong pour créer des bijoux.
L’exposition Objets Design de Bazouges-la-Pérouse (Ille-et-Vilaine) est également source de rencontres, d’échanges et de réseaux. « La volonté de notre équipe a été de donner une plus grande place en termes de durée et de visibilité à la création design, détaille Mélanie Plasse, de l’association organisatrice, Le Village. Le reste de l’année, notre activité est plutôt consacrée à la création contemporaine (arts visuels et spectacle vivant; expositions, spectacles, concerts, ateliers et stages…). Il nous paraissait donc important de présenter aussi la création dans le domaine du design, plus ancré que l’art dans le quotidien du public. » S’ancrer dans le quotidien et faire vivre son commerce : ce sont bien des objectifs essentiels pour les professionnels du design. Le collectif DMA production va d’ailleurs lancer un site marchand en février prochain pour développer l’achat sur le Web. Il met également en place, à partir de la mi-décembre, une présentation de tous les objets DMA, dans sa galerie rennaise, à des prix plus abordables pour profiter de la période faste des achats de Noël.
Hélène Fily.
Article publié dans le Figaro magazine, supplément Bretagne. Crédit photo : DMA Galerie
Des Rennais auprès des jeunes de Koudougou
Une association du Burkina Faso se démène contre le désœuvrement de sa jeunesse. Une antenne rennaise lui sert de relais.
Leurs pieds balaient la poussière de la terre ocre. Vélos et mobylettes sont parqués à l’ombre de rares arbustes. Ils sont une poignée de jeunes de Koudougou (1) à s’être donnés rendez-vous sur le terrain d’une école de la ville pour une partie de football. À l’initiative de ce match, l’Association vie de jeunes (AVJ), qui milite depuis trois ans pour créer un cadre de regroupement et d’échanges des jeunes. Après quelques passes endiablées, la mi-temps venue, les conversations s’engagent. Et comme de coutume, Rennes est au coeur des discussions.« C’est grâce à l’aide de plusieurs étudiants rennais que nous avons réussi à organiser notre premier tournoi de basket, l’événement phare de l’association, en 2006 », s’exclame Saidou Koanda. À tout juste 20 ans, le président de l’AVJ a le rire et le verbe faciles. L’association qu’il a montée avec quelques amis pour promouvoir les actions sportives et culturelles au sein de la jeunesse lui tient à coeur. Il sait aussi que l’enjeu est capital dans l’un pays les plus pauvres du monde, où le taux d’analphabétisme dépasse les 70 % et où l’exode est souvent une réponse au désoeuvrement de la population, jeune en particulier.
De l’avis de Jonas et Hubert, deux autres membres de l’association, le sport est un bon exutoire. « Même si on n’a pas d’argent, il y a toujours un ballon qui traîne pour aller faire quelques passes. » Mais si l’argent n’est pas nécessaire pour improviser un match, il l’est en revanche pour organiser un tournoi. Zacharia Tiemtoré, enseignant-chercheur burkinabé propose très vite son parrainage et favorise la constitution d’un groupe France, depuis Rennes, où il enseigne. Une manne inespérée pour les jeunes. « L’antenne apporte un appui précieux », reconnaît l’enseignant. Florent Barbotin, l’un des membres français, part en soutien logistique pour le premier tournoi. Il reste trois mois sur place et monte, à son retour, une exposition photo sur le campus universitaire de Ker Lann à Bruz. L’équipe rennaise développe aussi un site internet pour parler des activités de l’AVJ. Mais le manque de moyens de la jeune association reste criant.
« C’est très difficile de mener des projets à bien, confirme l’étudiant en licence professionnelle sport et développement social. Les institutions peinent à octroyer des subventions. » Un aveu d’impuissance confirmé à demi-mot au ministère de l’emploi et de la jeunesse du Burkina Faso, dans les bureaux de la direction de la vie associative et des infrastructures de jeunesse. « Nous sommes conscients de notre faible capacité à aider les jeunes associations, témoigne ainsi Rémy Tapsoba, directeur du service. Nous faisons de notre mieux, mais la pauvreté de notre pays nous oblige à réagir en fonction de l’urgence. »
Sur 15 000 associations, seules 230 bénéficient du soutien gouvernemental. Le ministère cherche de nouvelles solutions. Un conseil national de la jeunesse est en passe d’être créé. Le bureau constitutif doit se dérouler à la fin du mois de septembre. Un espoir qui reste mince pour les jeunes de l’AVJ. L’aide concrète vient des parrains, locaux ou étrangers. « Il ne s’agit pas de faire la pédagogie de la pauvreté, assure pourtant Zacharia Tiemtoré. Mais l’appui des Rennais, leur investissement dans les activités de l’association motivent les jeunes là-bas.» Et cela porte ses fruits. Français et Burkinabés ont travaillé ensemble pour faire venir quatre étudiantes infirmières du Mans dans un centre de soins de Koudougou. Arrivées cette semaine en terre africaine, elles dispenseront des formations sur les principales mesures d’hygiène au village.
Hélène FILY.
(1) Troisième ville du pays derrière la capitale, Ouagadougou, et Bobo-Dioulasso.
A plein régime
« La cuisine est amour, art et technique. » Ces mots, prononcés par Hervé This, père de la gastronomie moléculaire, sont plus que jamais d’actualité. Blogs culinaires, livres de recette, émissions de télévision et cours de cuisine en tête, l’univers des casseroles est en pleine ébullition.
Tablier soigneusement noué autour des hanches, les participantes au cours de Thierry Bryone, aiguisent leurs armes dans une cuisine inconnue. « Où sont les casseroles et le cul-de-poule ? » Pendant un peu plus de quatre heures, le Cercle Culinaire de Rennes met ses locaux à disposition pour un cours sur les verrines. Très tendance, il affiche complet depuis plusieurs semaines. « Ce sont mes enfants qui m’ont payés le premier. Un déclic pour moi. Depuis j’y reviens régulièrement, raconte Dominique. Aujourd’hui, j’ai même pris un jour de RTT. » A côté d’elle, Marie-Annick, elle aussi, est une habituée. « C’est un peu pour pouvoir épater la galerie que je viens, rit-elle. Au moins, quand je reçois des amis, je suis sûre de faire plaisir. »
Fondé en 1994 à l’initiative de l’interprofession des professionnels de lait, le Cercle de Rennes concocte aujourd’hui plus d’une centaine de cours pour développer l’apprentissage de la cuisine. Initié par la capitale bretonne, un réseau national s’est créé avec 58 centres agrées et 13 000 inscriptions annuelles. « Le loisir culinaire bénéficie d’un coup de fouet et c’est tant mieux, se réjouit Freddy Thiburce, directeur des Cercles Culinaires de France. La finalité de la cuisine n’est pas de la faire mais de la partager »
Précurseur il y a 13 ans, ses cours de cuisine ont décollé en 1998, à la suite des crises de l’ESB et de la listeria. «Les gens voulaient pouvoir reprendre confiance dans la nourriture ». Entre 1998 et 2002, la fréquentation a doublé et elle ne cesse d’augmenter aujourd’hui. Depuis, nombre de professionnels se sont engouffrés dans la brèche, pour répondre à une demande de plus en plus forte.
Tintamarre dans l’univers des casseroles
Les nouveaux élèves ne se comptent plus simplement chez les ménagères mais beaucoup chez les hommes et les trentenaires, d’ordinaire peu habitués à manier les casseroles. Ces nouveaux adeptes veulent se réapproprier les aliments, découvrir de nouvelles saveurs, ré-inventer les plats traditionnels, si possible de manière très conceptuelle. C’est ludique, drôle mais surtout très en vogue. Pour séduire cette nouvelle clientèle au-delà du simple apprentissage des recettes de cuisine, de nouveaux concepts fleurissent. Entre un plongeon le nez dans la marmite de vos collègues avec les cours pour les comités d’entreprise, les séances pour les malvoyants, ou celles pour faire la tambouille entre célibataires, la popote se décline à toutes les sauces.
De jeunes chefs créatifs pétris de talents se lancent aussi dans l’aventure. Olivier Bouchet a créé sa propre entreprise il y a quelques mois, depuis Saint-Mars-de-Coutais en Loire-Atlantique. « Au départ, j’ai voulu concentrer mon activité sur celle de chef à domicile. Je me déplace pour faire la cuisine chez les gens pour des occasions particulières. Souhaitant me diversifier, je proposais aussi des cours de cuisine. Il n’a fallu que quelques semaines pour que cette deuxième activité ne supplante la première. » Le jeune chef, qui travaille aussi bien en Loire-Atlantique, Vendée et Mayenne, imagine déjà un cours pour célibataires, « cook-dating ». « L’occasion de faire des rencontres autour d’un bon plat. J’ai déjà des demandes », se réjouit Olivier Bouchet. Il devrait être mis en place début 2008.
Les chefs plus expérimentés n’hésitent pas non plus. Olivier Roellinger a ouvert voilà un an, avec son second, Emmanuel Tessier, la cuisine corsaire école, près de son restaurant à Cancale. Cuisiner à la Roellinger, voilà qui passionne les afficionados et remplit les tiroirs caisse. A Nantes, Albert Guillerm fait de même dans son restaurant « A ma table ». Tout comme le chef du Libre cours, Vincent Huchet, à Rennes, qui a, lui aussi ses habitués. « Apprendre dans la cuisine professionnelle d’un chef, c’est se confronter à sa discipline quotidienne, note Marcel, fine bouche et élève attentif. Et puis on apprend là où on a mangé en tant que client. C’est une approche différente et agréable. »
Trop de cuisine spectacle ?
Avec le cook-dating et l’easy-cooking, le fooding (contraction de food et de feeling) est la nouvelle cuisine à la mode, ou comment se battre pour le dernier petit verre du plateau lors de soirées très chic et croc. « Ces anglicismes mis à la sauce française sont très tendance, remarque Freddy Thiburce. Mais je suis très prudent avec ces nouveautés. Elles ont le risque d’être très éphémères et peuvent nuire à la cuisine. » Une cuisine qui devient aussi technique, s’élabore en laboratoire avec éprouvettes et sauce à la seringue. Thierry Marx et sa cuisine moléculaire ont d’ailleurs fait un tabac lors de la dernière Route du Rock à Saint-Malo. Onanisme intello-culinaire, on s’interroge sur les limites de cette cuisine spectacle. « Je pense en fait que c’est assez anecdotique », note Thierry Thiburce. Retrouver ses racines, réapprendre à travailler des aliments simples, à manger « bien » semblent former un tronc qui rassemble les adeptes des cours de cuisine. L’alimentation saine reprend ses droits après un constat peu flatteur du directeur des Cercles Culinaires. « Vingt-cinq ans de discours normatif en matière de nutrition n’ont pas servi à grand-chose. Les différents Programmes nutrition santé n’ont pas fait reculer l’obésité. Je pense que la seule véritable solution est la réappropriation des aliments par l’apprentissage de la cuisine. » Et pouvoir ainsi faire sien le serment d’Hippocrate « Que ton aliment soit ton médicament. »
Hélène Fily.
Publié dans le supplément Bretagne – Pays de la Loire du mois de décembre 2007.
Des algues pour les fines bouches
Les bienfaits de l’algue, découverts grâce à la thalassothérapie, font aujourd’hui le bonheur des assiettes. Au-delà de l’apport nutritif, riches en fibres, en sels minéraux, les professionnels mettent aujourd’hui l’accent sur ses qualités gustatives, qui en font un véritable produit gastronomique.
Il est loin le temps où les algues ne servaient que de décoration sur les plats des restaurants. Aujourd’hui, on recense 500 espèces sur les côtes françaises, dont une douzaine rentrent dans la fabrication de préparations culinaires. Pour l’Inra, l’algue sera considérée comme un légume de mer à part entière dans les dix prochaines années. De quoi donner envie aux tables des gastronomes avides de nouvelles saveurs, et aux entreprises, qui y voient une filière prometteuse. « Nous sommes dans une phase où tout est à développer », s’enthousiasme Thierry Duizet, gérant de Armorique-ms Penker, développant la marque Armorique, mer et soleil. Aleor, jeune entreprise de Bréhat dans le Finistère, parie déjà sur l’innovation en cultivant sa propre algue depuis l’été 2006. Avec 600 000 € de chiffre d’affaire HT par an, Algues service (29) mise plutôt sur le marketing. Nouvel outil de production, nouveau packaging, rien n’est trop beau pour casser l’image encore gluante de l’algue en France comparé à d’autres pays, comme la Norvège ou le Japon.
Algues gastronomes
130 milliards d’€ de chiffre d’affaire par an au pays du soleil levant, contre un petit million en France. Pour les Nippons, l’algue fait depuis longtemps partie des habitudes alimentaires « Qui pense encore manger des algues en mangeant des sushis ? » interroge le cuisinier Pierrick Le Roux. « Alors moi aussi je fais des sushis… bretons. Un petit clin d’œil. (Recette ci-dessous) » Une recette d’ailleurs reprise dans un DVD qu’il a mis en vente. Les particuliers sont encore un peu frileux mais grâce à ce type de communication, et au travail des chefs cuisiniers, qui s’intéressent largement à cette matière, à sa texture et ses couleurs, les algues sont devenues amusantes et kitch. « Ça devient tendance, un peu bobo, de faire des dîners à base d’algue », confirme un chef. Dulse rouge au parfum boisé, wakamé brun iodé, laitue de mer verte et fraîche, les restaurateurs jouent sur des mariages multicolores avec saumon, fruits de mer et toutes sortes de dessert. Au moment des fêtes de fin d’année, les ventes s’affolent. Les livres de recettes s’arrachent. Cocktail de crevettes au wakamé, beignets de haricots de mer, corne d’abondance aux richesses de l’océan, l’algue se fait fine bouche et s’invite aux meilleures tables, celles de Noël et du Nouvel an.
Hélène Fily.
Le sushi breton
100 g de riz – 2 œufs – 50g de crevettes décortiquées- 150 g de filet de saumon – 1/2 concombre – citron- huile d’olive – wakamé sec 5g – 5 à 6 feuilles de Nori, 20 g de dulse.
Cuire le riz à la vapeur. Détailler les lanières de saumon ainsi que la dulse crue et faire mariner dans un jus de citron. Ajouter un filet d’huile d’olive. Détailler des bâtonnets dans le concombre. Cuire l’omelette et réhydrater le wakamé. Faire une salade avec tous les ingrédients. Rouler dans les feuilles de Nori. Disposer les lanières de saumon et de dulse au centre du rouleau. Accompagner d’une vinaigrette.
Recettes et DVD en vente sur le site de Pierrick Le Roux www.cuisineauxalgues.com
La culture reprend sa place à Rennes
Depuis quelques années, certains reprochent à la capitale bretonne une certaine frilosité culturelle. Avec sa future place aux Cultures, Rennes compte bien récupérer ses lettres de noblesse. Lire la suite »






